La réalisation d'interviews

 

Tous les étudiants de nos cours sont tenus de réaliser des interviews au cours de leurs études afin de participer à la recherche-action générique de l'OVSM.

 

1. La nature des entretiens


Les méthodes d’analyse d’interviews ne seront de qualité que si la matière première, les réponses des personnes interrogées, est riche de sens.

 

Les entretiens peuvent être de natures différentes selon l'objet de recherche. Ainsi, plus l'objet de recherche appelle un contexte de découverte, moins l'entretien pourra être dirigé et structuré. Inversement, plus l’entretien porte sur un objet de recherche très connu des interwievés et plus l’entretien pourra être structuré et dirigé.

 

A la limite, s'il était trop structuré à l'avance, sur la base d'hypothèses de travail issues de la revue de littérature antérieure, cela signifierait que cet objet est un concept connu. On s'interrogerait alors sur l'opportunité de travailler avec des méthodes qualitatives ou si des méthodes quantitatives ne pourraient pas être utilisées. Si l'entretien était trop structuré sur la base de présomptions de recherche, on serait en doit de se demander si le chercheur n'introduit pas des biais d'interprétation personnelle dans la recherche. Si, par contre, l'entretien était absolument non dirigé, on serait dans le cas proche des tests projectifs où une question initiale sert de déclencheur à un phénomène d'imagination active de la part du répondant.

 

Dans le cadre de nos études, l'entretien en profondeur consiste à interroger des individus de manière structurée non dirigée.

 

L'entretien est structuré, car un guide d’entretien est préalablement défini pour couvrir les différents thèmes que l'on désire aborder. Les entretiens réalisés sont centrés sur quelques thèmes majeurs par rapport à l'objet de recherche.

 

L'entretien est non dirigé, car l'interviewer laisse l'interviewé parler le plus librement possible. L'ordre d'apparition des thèmes au cours de l'entretien peut varier, car la personne interrogée doit avoir le maximum de latitude pour exprimer ses raisons, motivations et attitudes. Ce type d’attitude permet, mieux que tout type d'entretien direct, l'émergence du contenu socio-affectif profond qui relie le sujet interrogé à l'objet d'investigation.


2. La réalisation pratique des entretiens


La réalisation des entretiens est toujours plus facile qu'on le croit de prime abord, à condition de suivre des règles simples. Pour réaliser les entretiens de ce type d’étude, il faut :

 

  • Se munir d'un magnétophone portatif, vérifier que les piles sont en bon état et que l’on sait le faire fonctionner.

 

  • Aller en binôme interroger les personnes choisies, avant de tenter l’expérience en solo.

 

  • Se présenter.

 

  • Expliquer l'objet de l'étude, la confidentialité de l'entretien.

 

  • Dire que l'entretien durera environ entre 30 et 40 minutes et annoncer sa structure.

 

  • Oublier le temps de l'entretien toute analyse ou idée préconçues.

 

  • Se concentrer sur les thèmes à aborder en s'assurant que la personne interrogée parle spontanément.

 

  • Parler librement en souriant.

 

  • Faire preuve d'empathie.

 

  • Utiliser le maximum de questions ouvertes qui permettent une réponse libre et ample. Des interrogations telles que : "Comment ça ?", "Dites m'en plus...", "Ah, oui ?", etc., sont également considérées comme questions ouvertes d'encouragement.

 

  • Parfois, néanmoins, il faut utiliser des questions fermées, c'est-à-dire appelant une réponse précise. C'est le cas, notamment, quand la personne interviewée est trop bavarde et s'éloigne du sujet. Les questions fermées la ramènent sur le sujet. Elles sont également utilisées pour démarrer un entretien, face à une personne timide hésitant de prime abord à se livrer.

 

  • En fin d'entretien, vérifier que le répondant a donné son opinion librement sur toutes les questions de recherche définies précédemment. En cas de doute, reformuler et demander si l'interprétation est exacte ou si le répondant veut encore préciser un point spécifique.

 

La crainte la plus courante, lorsqu'il s'agit de faire raconter à l'individu un schéma de prise de décision (ou un comportement), est que celui-ci tende à les rationaliser pour paraître aux yeux de l'enquêteur conforme à une certaine image idéale. Lorsque, en effet, l'interviewé en fin d'entretien demande : "Ai-je bien répondu ?", on peut en conclure que l'interviewer n'a pas su réellement créer le climat de confiance propice et/ou que la formule de fin d'entretien qu'il a utilisée a été brutale. Si, au contraire, par ses questions ouvertes, par son attitude empathique montrant clairement qu'il ne porte aucun jugement de valeur sur ce qui lui est dit, l'interviewer a bien permis au contenu socio-affectif de se manifester, l'inverse se produit. Il est alors souvent difficile de conclure l'entretien et de "se quitter" car un lien de confiance a été créé.

 

Quelques exemples d'illustration :