Le pôle épistémologique

 

 

Alors que l'ontologie est concernée par la nature des objets de recherche, l'épistémologie s'attache à la manière dont le chercheur va appréhender et connaître ses objets de recherche. L'épistémologie que nous abordons dans cette page est celle que nous utilisons pour agir en tant que chercheurs et non simplement débattre de manière académique de grands principes philosophiques.

 

En ce sens, notre visée épistémologique intègre notre volonté et notre aptitude de chercheur à construire notre espace de travail. Nous avons, ce faisant, trois contraintes liées à l’acteur observé :

 

- La première contrainte est de choisir parmi toutes les options épistémologiques celle qui constituera le moyen le plus approprié pour exprimer, dans une situation donnée, ce qui lie l'individu au "tout", c'est-à-dire à l'organisation, au groupe ou à la société dans laquelle se trouve l'individu au moment de l'observation.

 

- La seconde contrainte est de toujours considérer la place de l'acteur individuel dans son environnement relationnel social. Ainsi, que notre sujet soit un acteur individuel ou une organisation, quel que soit le "point d'entrée" dans la recherche, notre épistémologie devra satisfaire la contrainte de décryptage des règles de jeu relationnels de l'individu à ses réseaux de relations sociales.

 

- La troisième contrainte est d'intégrer l’acteur au cadre temporel dans lequel s'exprime à la fois la relation individu-tout, et la relation individu- environnement relationnel local. S’agit-il, par exemple,  du temps fonctionnalisé moderne ou de l’éternel présent de certaines activités culturelles ?

 

Premier choix : positivisme ou constructivisme ?

 

Notre réponse est sans hésitation : « constructivisme ». Le paradigme positiviste considère que la nature est donnée telle quelle à l'homme. A lui de savoir comment il va s'y prendre pour analyser ce qui l'intéresse. Cette optique est respectable, mais elle ôte au chercheur le terreau de sa créativité, alors que le paradigme constructiviste considère le principe dynamique de l'œuvre et de sa construction. Il libère le chercheur en admettant que la recherche ne saurait être autre chose qu'une production choisie initialement par le chercheur pour guider ses investigations, puis évoluant de concert avec l’obtention de ses résultats. En ce sens, le projet de recherche est intrinsèquement un mouvement.

 

Deuxième choix : quels paradigmes épistémologiques contribuent à nos recherches ?

 

Nous ne mettons pas à contribution les paradigmes suivants :

 

- L’approche structuraliste qui revient revient à prendre l'objet d'étude comme une totalité susceptible d'être décrite, formalisée et expliquée à partir des éléments qui la constituent et des rapports qu'ils entretiennent. Cette optique illustre comment chaque cas observé, ou sujet traité, prend place dans un système déterminé de fonctionnement social, économique ou managérial, puis comment ses éléments se conforment à ce système qui établit la place des éléments les uns par rapport aux autres grâce aux lois qui régulent leurs relations.

 

- L’approche fonctionnaliste permet aux chercheurs d’exprimer comment des éléments de décisions et d’action s’ordonnancent en conformité avec des objectifs préétablis et comment des procédures de corrections des écarts éventuels peuvent être définies.

 

- L’approche dialectique illustre l’interaction de différents acteurs constituant la sphère de décisions et d’actions qui s’élaborent peu à peu, au gré des confrontations entre acteurs. Luttant contre la simplification, l’approche met en relief les complexités et les tensions toujours renouvelées entre acteurs.

 

Par contre, nous mettons à contribution, selon nos recherches, les paradigmes suivants :

 

- L’approche phénoménologique aborde le vécu situationnel des événements par les individus observés qui deviennent ainsi le centre de la recherche à proprement parler, puisque la réalité se pare des multiples sens que revêt leur intervention. La phénoménologie hégélienne qui nous inspire se présente à la fois comme une science et comme un récit : celui de “l'expérience de la conscience”.

 

- L’approche ethnométhodologique pour laquelle, selon Garfinkel, les structures sociales sont produites localement et sont soutenues par l’expérience au quotidien des individus (elles ne sont pas imposées par un ordre social externe, comme pour Durkeim). Les concepts élaborés sont, d’une part spécifiques au contexte et, d’autre part, réflexifs : l’activité trouve son sens à la lumière de cette conceptualisation personnelle.

 

- L’approche systémique autorise les chercheurs à concilier la fixation d’objectifs et l’intentionnalité des acteurs avec ceux d’un système dont les notions de pilotage et de feed-back positifs et négatifs seront prises en compte. On entend par système tout objet structuré, composé d'éléments abstraits ou concrets en interaction, et ouvert sur un environnement, donc en évolution constante autour de principes plus ou moins fixes. Le tout étant plus que la somme de ses composantes, le système pourra atteindre un ordre supérieur de réalisation.

 

© Bergadaà, 2002

 

Nos publications les plus significatives sur ce thème :

 

Une stratégie de recherche constructiviste appliquée aux services culturels : l’exemple du Musée Olympique, de son concept et de ses profils types de visiteurs, Recherches et Applications en Marketing, 2006.

 

• Recherche en Marketing : un état des controverses, Recherches et Applications en Marketing, 1992.

 

The Role of Time in the Action of the Consumer, Journal of Consumer Research, 1990.