Le pôle ontologique

 

 

Lorsque deux chercheurs discutent de la réalité de la gestion, il est fréquent de voir leurs opinions diverger rapidement selon la compréhension qu’ils ont de leur monde de recherche. À l’instar de deux personnes qui discutent d’une sculpture moderne, elles produisent deux types de discours. La première, par exemple, va s'attacher à décrire la forme de l'objet. Est-il cubique ? Coloré ? En acier ? La seconde, va parler de l’émoi esthétique engendré par la sculpture. En d'autres termes, l'objet investigué existe pour le premier observateur indépendamment de lui-même, et ne s’inscrit que dans la rencontre avec l’observateur pour le second.

 

La position se complique dans nos disciplines puisque l'objet exploré n'est pas une sculpture moderne, mais un fait social ou individuel. Comment va se positionner le chercheur face à son objet d'investigation lui renvoyant une image, elle-même soumise à ces deux options ?

 

Car cette double herméneutique s’applique à toutes nos recherches sur le décideur, un l’homme. C’est en effet toujours le comportement de ce dernier que nous cherchons à comprendre, décrire, expliquer et prédire, que nous nous situions au niveau individuel (comportement du consommateur ou décision managériale), ou au niveau global (stratégie des organisations ou systèmes sociaux).

 

Notre premier choix : la réalité observée est-elle externe au chercheur, comme en sciences physiques ?

 

Notre réponse est négative. Nos concepts ne sauraient être que des construits subjectifs, car nous ne savons parler que de ce que nous éprouvons, constatons ou faisons, c’est-à-dire de notre expérience humaine. Et notre science ne peut être autre chose qu’un compte rendu de cette « expérience » au sens large .

 

Notre second choix : notre production repose-t-elle sur une aptitude à observer, comparer classer décrire nos objets de recherche ou bien, a contrario, à comprendre les raisons qui les sous-tendent ?

 

Selon notre question initiale de recherche, nous optons pour l’une ou l’autre voie. Généralement, nous essayer de décrire de la manière la plus précise possible l'objet représenté par son modèle théorique, organisé autour de dimensions et de composantes. Nous travaillons ici  dans la lignée des ethnométhodologistes. Mais nous complétons souvent le résultat obtenu grâce à cette posture en cherchant à comprendre ce que l’acteur comprend et ressent. Nous cherchons alors des raisons des acteurs et de compréhension des phénomènes. Nous optons alors pour une posture proche des phénoménologues.

 

Notre troisième choix : notre production s’inscrit-elle dans une vision synchronique ou diachronique de la réalité ?

 

Ici encore tout dépend de notre question de recherche. Lorsque nous travaillons sur une réalité éminemment culturelle et que nous recherchons ce qu’il y a de plus profond, de plus immuable dans l’humain nous optons pour une démarche synchronique. Mais nous ne transformons pas pour autant notre objet d’étude, l’homme, en objet purement inerte. Certes,  les faits sociaux évoluent assez lentement, plus lentement que le temps nécessaire au chercheur pour accomplir sa tâche. Mais nos objets d'étude en gestion, consommateurs ou décideurs d'entreprise, ne cessent de vivre, de désirer, d'agir et, ce faisant, de modifier de manière intrinsèque l'objet de recherche initial.

 

© Bergadaà, 2002

 

Ainsi, nous déterminons, dans chacune de nos recherches, la nature et l’intensité du mouvement sous-jacent à cet être humain. Nos publications les plus significatives sur ce thème :

 

Une stratégie de recherche constructiviste appliquée aux services culturels : l’exemple du Musée Olympique, de son concept et de ses profils types de visiteurs, Recherche et Applications en Marketing, 2006.

 

• Recherche en Marketing : un état des controverses, Recherche et Applications en Marketing, 1992.

 

• The Role of Time in the Action of the Consumer, Journal of Consumer Research, 1990